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Description : Description : Description : E:\www.bertrandfavreau.net\promenadeurop_fichiers\cabarrus.jpgPromenade européenne dans Bordeaux 6

 

Les Caprices de Rode.

21, Rue du Loup.

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Dans la maison qui porte aujourd’hui le n° 21 de la rue du Loup, est né le 16 février 1774 le violoniste virtuose Jacques-Pierre-Joseph Rode (1774-1830). Enfant prodige, fils d’un marchand gantier parfumeur de la rue, la légende dit qu’il fut très tôt remarqué par tous ceux qui l’entendaient en passant rue du Loup. Présenté par son professeur André-Joseph Fauvel au Comité de musique de la Société du musée, celui qui allait devenir le grand violoniste de l’époque révolutionnaire fit ses débuts publics à onze ans, en 1785 – un 14 juillet – stupéfiant déjà tous les artistes et amateurs de Bordeaux, dit le musicologue Fétis. Quelque temps après, il se produisit lors d’un concert spirituel au Grand Théâtre. En 1787, âgé de treize ans, il partit pour Paris, où il devint l’élève vedette de Giovanni Battista Viotti (1753-1824), le fondateur de l’école moderne française de violon. En 1790, à seize ans, il effectua ses débuts de soliste dans le Concerto pour violon n° 13 de Viotti. Quelques semaines plus tard, Rode créait les concertos n° 17 et 18 de Viotti. Sa célébrité était déjà acquise lorsque Viotti quitta la France à l’approche de la Terreur.

À vingt ans, Rode était un virtuose internationalement célébré. Il arpenta la Hollande, l’Allemagne, se rendit à Londres et à Madrid, où il se lia d’amitié avec Boccherini. Mais la France du Consulat le réclamait. Depuis 1795, il fut nommé professeur de la première classe de violon au Conservatoire de Paris, nouvellement créé, sans prendre ses fonctions, en raison de ses tournées. En 1798, il fut de surcroît nommé premier violon solo de l’orchestre de l’Opéra de Paris, puis reçut de Bonaparte, en 1802, le poste Premier violon, ou maître de concerts, du Premier consul à Paris.

Sa renommée se répandit dans l’Europe entière, où il fut reconnu comme violoniste de tout premier rang par sa sonorité parfaite, son agilité extraordinaire et son interprétation d’un goût excellent (Ernst Ludwig Gerber). Le virtuose de la Révolution devint alors le violoniste des empereurs. Parti en Allemagne et en Europe centrale, il accomplit une tournée triomphale. Arrivé à Saint-Pétersbourg, il devint le premier violon de la musique du tsar Alexandre Ier. À Vienne, en 1812, il rencontra Beethoven. De 1814 à 1821, il se fixa à Berlin, où il se maria avec Caroline Sophie Wilhelmine Verona, fille d’un peintre de la cour du roi de Prusse, et où il fréquenta assidûment la famille Mendelssohn, guidant les débuts de Félix et de Fanny, à qui il dédia « un petit souvenir musical ».

Revenu en France en 1819, il ne tarda pas à retourner dans sa ville natale de Bordeaux, où on le retrouva en février 1823, en 1826 et 1828, notamment aux concerts d’Emerigon. Mais le souvenir de ses succès enfuis le taraudait. En 1828, il décida de se soumettre aux caprices du destin et de tenter un grand retour à Paris. Allgemeine Musikalische Zeitung de Leipzig : On l’applaudit par respect pour sa réputation, mais uniquement par devoir et non par admiration. Il sentit la différence entre la situation actuelle et celle d’autrefois et comprit pour la première fois qu’il n’était plus ce qu’il avait été. L’échec fut tel que certains affirment qu’il précipita sa mort, laquelle survint après une attaque d’apoplexie qui le paralysa en partie, dans le château de David Johnston dans le Lot-et-Garonne, le 25 novembre 1830.

Au cours de sa vie, Rode composa des variations, 13 concertos, tous composés entre 1724 et 1828, aux résonances déjà romantiques. Le 7e notamment, Paganini consentit à le jouer : presque dix quatuors composés dans le style « brillant », où dominent le premier violon et plusieurs duos pour deux violons. Il laissa surtout, comme Paganini, les célèbres Vingt-quatre Caprices en forme d’Études pour le violon seul dans les 24 tons de la gamme, parus en 1815 et qui font encore partie du parcours obligé de tout violoniste. Rode posséda plusieurs Stradivari, dont le célèbre Duke of Cambridge de 1715. C’est ce violon, connu aujourd’hui comme Ex-Pierre Rode, que le violoniste américain Oscar Shumsky (1917-2000) tint à racheter pour pouvoir interpréter et enregistrer, en 1985, les Vingt-quatre Caprices sur le violon du compositeur. Il est, depuis sa mort, mis à disposition par le jeune prodige japonais, Ryu Goto.

Tout au long de sa carrière, il eut un ami et un rival en la personne d’un autre violoniste français illustre, Rodolphe Kreutzer (1766-1831) : ils se livraient à des duels au violon dans deux œuvres pour deux violons, au point qu’il était du meilleur ton, dans la bonne société, de prendre parti ouvertement pour l’un ou l’autre de ces deux virtuoses. Avec lui et Pierre Baillot (1771-1842), il écrivit une Méthode de violon qui demeure un incontournable de la pédagogie dans tous les conservatoires.

Si Kreutzer est demeuré célèbre pour l’immortelle sonate pour violon que Beethoven lui dédia alors que, selon Berlioz, il ne la joua jamais, Pierre Rode, lui, assura la création de la dernière sonate, la 10° op. 96 en sol majeur, qui fut écrite pour lui. Vers le milieu du mois de décembre 1812, à l’annonce de la venue à Vienne de Rode, à son retour de Saint-Pétersbourg, Beethoven s’empressa de terminer le dernier mouvement de la Sonate dont il avait déjà composé les trois premiers morceaux, en même temps qu’il travaillait à ses 7e et 8e symphonies. Cette sonate fut jouée pour la première fois le 29 décembre, au cours d’une soirée privée chez le prince Lobkowitz par Rode et l’archiduc Rodolphe en personne, au piano, puis lors d’un second concert au palais Lobkowitz, le 7 janvier 1813. C’est précisément en fonction du style français de Rode que Beethoven s’attacha à composer le Finale, ainsi qu’il le déplora dans une lettre à l’archiduc, datée de la fin décembre 1812. Il y déclara qu’il lui avait fallu écrire avec précaution, plus que je ne l’aurais voulu, compte tenu du jeu de Rode. Nous préférerions dans le Finale des traits plus brillants, ce qui ne plaît pas à R. et ça m’ennuie un peu.

Son interprétation ne plut pas. Lorsque l’op. 96 fut publiée, en 1816, elle comportait bien une dédicace, mais à … …

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Description : E:\www.bertrandfavreau.net\promenadeurop_fichiers\strad.jpg Un Stradivarius de Pierre Rode.

 

 

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© Bertrand Favreau 2011

 

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