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Description : Description : Description : E:\www.bertrandfavreau.net\promenadeurop_fichiers\proms.jpgPromenade européenne dans Bordeaux 25

 

Les "Etudes" de John Locke.

1, rue des Piliers de Tutelle.

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Le voyage de Locke à Bordeaux (5 avril-18 mai 1677) - 1 rue des Piliers-de-Tutelle.

 

Au XVIe siècle, il existait une demeure Renaissance appelée, en raison de la richesse de sa décoration, la Maison dorée (ou Maison Daurade). Elle appartenait à Jean de Pontac, greffier en chef au Parlement. Plus que toute autre famille, les Pontac sont à Bordeaux une institution. Jean de Pontac eut trois fils. Les deux premiers entrèrent dans la magistrature et furent toujours fidèles aux nobles traditions de leurs ancêtres ; Arnaud de Pontac, l’évêque de Bazas, son frère Raymond, qui devint président aux enquêtes ; le troisième préféra la carrière des armes. La famille compta plusieurs présidents, conseillers, procureurs généraux et greffiers en chef au Parlement de Bordeaux, des Trésoriers de France, un Premier président à la cour des Aides… Au point que la légende raconte qu’Arnaud de Pontac (1599-1681) aurait fait tailler dans la pierre, au-dessus de la porte d’entrée de sa Ca’ d’Oro bordelaise, quatre « P », illustrant Pontac Premier Président du Parlement. La même légende raconte aussi qu’en ce temps-là, la justice était lente et que les Bordelais, par dérision, avaient détourné l’inscription en Pauvres Plaideurs, Prenez Patience. Les Pontac furent aussi les propriétaires du château Haut-Brion.

Arnaud de Pontac savait d’expérience que l’aristocratie britannique, clientèle riche par excellence, était par tradition restée fidèle aux vins de Bordeaux. Il conçut le projet de lui proposer un vin clairement différent, vendu cher avec une marque immédiatement identifiable. Le 10 avril 1663, un chroniqueur londonien, Samuel Pepys, nota dans son journal qu’il avait été comblé par le goût particulier d’un vin français appelé Ho Bryan qu’il avait dégusté à la Royal Oak Tavern. La même année, Arnaud de Pontac décida d’envoyer son fils fonder à Londres une taverne à la mode, où les crus de la famille furent mis en vente, la Pontack’s Head. Le vin vendu presque quatre fois plus cher que les clairets traditionnels connut un succès commercial immédiat. Le Ho Bryan est bien en réalité du Haut-Brion. Il fut recherché par les plus beaux esprits de Londres : Daniel De Foe, Jonathan Swift ou le philosophe anglais John Locke (1602-1734) se pressèrent à la Pontack’s Head pour goûter au nectar à la mode.

Quelque douze ans plus tard, John Locke, l’auteur de l’Essai sur l’Entendement Humain et des deux Traités sur le Gouvernement civil, gravement asthmatique, venu dans le Midi de la France en 1675 à la recherche d’un climat plus clément, s’en souvint. Le lundi 5 avril 1677, venu par Agen, Tonneins et Cadillac, il arriva à Bordeaux. Il visita le château Trompette, forteresse très solide au nord du fleuve, avec quatre bastions, qui sans tirer un coup de canon a fait écrouler quatre églises… Il avait en mémoire la Pontack’s Head et, dubitatif devant le prix des vins de Haut-Brion, quatre jours avant de repartir, pour Paris, le 14 mai – cent neuf ans avant Thomas Jefferson – il se rendit au château, où il se livra à des observations : Le vignoble de Pontac […] pousse sur une croupe qui est orientée vers l’ouest ; le sol, dont on croirait qu’il ne peut rien produire, est composé de sable blanc mêlé d’un peu de gravier. Il venait d’étudier la relation directe entre le sol et la qualité des vins, de reproclamer le lien consubstantiel entre la spécificité d’un produit et ce « peu de gravier » de son terroir. À Bordeaux, le Ho Bryan ne sembla pas avoir été son seul objet d’étude. On peut trouver, inséré dans son Journal, entre le 26 mars et le 9 mai 1677, une autre étude, qui est un des rares écrits de Locke consacrés à l’éducation, un essai intitulé « Study » (Étude ).

John Locke repartit pour Paris, le mardi 18 mai 1677. Il y demeura plus d’un an, revint à l’été de 1678 dans le Midi, d’où il retourna soudainement à Paris puis finalement rentra à Londres, le 8 mai 1679, par la Tamise.

 

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© Bertrand Favreau 2011

 

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