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Description : Description : Description : E:\www.bertrandfavreau.net\promenadeurop_fichiers\proms.jpgPromenade européenne dans Bordeaux 24

 

Les amours de Wagner.

Hôtel des 4 sœurs – 6, Cours du XXX juillet.

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Wagner en 1850.Portrait d'Ernst Benedikt Kietz pour Jessie Laussot


 

Que l’on choisisse de la simplifier ou non, l’histoire demeure confuse. Richard Wagner, déjà célèbre, après Rienzi et Le Vaisseau fantôme, rencontra Jessie Taylor à Dresde, où elle fut transportée d’admiration en assistant aux représentations de Tannhäuser. Elle en possédait la partition dont elle avait demandé la dédicace par l’entremise de Karl Ritter. Pleine de timidité, la jeune femme m’exprima son admiration en des termes que je n’avais jamais entendus. C'était en 1848. Née le 27 Décembre 1826, Jessie avait alors 22 ans.

Mais en 1849, Wagner participa à la révolution à Dresde et, proscrit, dut fuir, sans passeport et sans argent, en Suisse puis à Paris. Il reçut alors, en 1850, une invitation pressante à venir à Bordeaux – orientation nouvelle de mon existence – de la part de Jessie, que sa mère avait mariée à un jeune négociant en vins, Eugène Laussot. Revit-il Jessie à Paris, dès février 1850 ? Des historiens anglais, se fondant sur une lettre à Franz Liszt du 6 février, tentèrent, sans convaincre, de l’affirmer. Il est bien certain qu’il fit faire son portrait par le peintre Kietz et qu’il existe une lettre de Jessie Laussot remerciant l’artiste.

Parti en diligence de Paris, Wagner arriva le samedi 16 mars à Bordeaux et s’installa chez les Laussot. À ses amis, Theodor Uhlig, à Dresde et Wilhelm Baumgartner, à Zürich, il donna son adresse : Mad. Jessie Laussot, 26 cours du XXX Juillet (aujourd’hui cours du Maréchal-Foch). Même adresse à sa femme Minna, mais avec M. Eugene Laussot. Il fut reçu avec courtoisie et gentillesse. Il se sent au paradis : on connaît ici mes œuvres jusqu’à la moindre note, écrivit-il. Invité pour un court séjour, il y resta trois semaines.

Jessie avait 21 ans. Cultivée et musicienne, elle parlait l’allemand sans accent. Elle joua la sonate Hammerklavier et la difficile Grande sonate de Wagner. Il lui lut les livrets de ses futurs opéras Siegfried et Wieland le forgeron, qu’elle aimait particulièrement. Dix-huit mois plus tard, Tannhäuser était loin, le premier acte de la Walkyrie s’ébauchait et déjà perçait Tristan. Wagner déclara avoir fait plus étroite connaissance avec elle. Veuve d’un avocat anglais, madame Taylor était bien sûr riche et le pria d’accepter une proposition de rente de 3 000 francs. Avec cet argent, Wagner voulut partir vers Malte, la Grèce, le Moyen-Orient… avec Jessie. Lors que Wagner repartit pour Paris, le 5 avril, ils se séparèrent incertains et malheureux. Dans une lettre datée du 16 avril, pleine de reproches, Wagner annonça à sa femme Minna qu’il voulait se séparer.

Tandis que Wagner était à Paris, Jessie confia son trouble, ou ses projets, à sa mère, qui à son tour informa son gendre, lequel n’eut plus qu’un but : loger une balle dans la tête du compositeur. Minna, de son côté, n’entendait pas rester inactive. Ce fut le moment que choisit Wagner pour écrire à son rival en lui proposant de venir régler sur place l’affaire, à l’amiable. Pouvait-il retenir de force une femme qui ne voulait plus de lui ? En mai, il repartit en hâte pour Bordeaux, après avoir donné rendez-vous dans l’hôtel où aurait lieu l’explication.

Arrivé à 9 heures du matin, le 18 mai 1850, il s’installa à l’Hôtel des 4 Sœurs, situé sur le même cours du XXX Juillet. Il attendit en vain. Les Laussot quittèrent la ville. Le soir, il reçut la convocation d’un commissaire de police, informé de sa situation irrégulière, et qui lui donnait deux jours pour quitter la ville. Le temps pour Wagner d’écrire et de déposer une longue lettre pour Jessie. En juin, celle-ci lui fera écrire qu’elle ne le reverrait plus jamais.

Il n’y eut jamais de « Laussot lieder » et Wagner ne composa jamais Wieland le Forgeron. La Liebesaffäre tourna court. Wagner partit s’installer à Zürich, où il rencontra bientôt Mathilde Wesendonck.

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Jessie Laussot (1826-1905).

Jessie Laussot, elle, quitta son mari en 1853 mais la fatalité wagnérienne ne la quitta plus. Elle parcourut l'Allemagne, vivant des leçons de piano prodiguées de Dresde à Stuttgart, en passant par Weimar, où elle se lira avec Liszt d'une amitié qui ne cessera qu'avec la mort du compositeur. A partir de 1860, elle vécut à Florence dans un palais du Lungarno Vespucci où elle traduisit en anglais l’œuvre de Schopenhauer, De la quadruple racine du principe de raison suffisante et fonda,en 1861, la Società musicale fiorentina, qui deviendra en 1864, la Società Cherubini, et se consacra à la diffusion de la musique allemande en Italie. C'est auprès d'elle que se réfugia Hans von Bülow, dans les annés 1869-1871, après avoir été abandonné par Cosima. Wagner ne l'oublia jamais et chercha à savoir ce qu'elle était devenue dès 1857. Il la revit, en 1876. À Florence pour les uns, à Bayreuth pour les autres. En juin 1879, après la mort d'Eugène Laussot (1878), elle se remaria avec l’écrivain et philosophe, ami de Nietzsche et secrétaire particulier de Heine, Karl Hillebrand, rencontré à Bordeaux, où il avait été chroniqueur du journal La Gironde, en 1850 et avec lequel elle vivait depuis 1872 sur les bords de l'Arno. Elle mourut en 1905, laissant un Manuale di Musica , publié sous le pseudonyme d'Alibrandi et après avoir favorisé la carrière de beaucoup de musiciens de renom, comme Walter Bache ou le pianiste florentin, Giuseppe Buonamici, qui devait l'appeler "le musicien le plus parfait de toutes les femmes que je connaisse".

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Jessie Laussot à Florence dans les années 70

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Jessie Laussot en 1877, peinte par Adolf von Hildebrand.

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Jessie Laussot dans son palais sur le Lungarno Novo à Florence vers 1900.

 

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Vue cavalière du port de Bordeaux en 1850 by Antoine Héroult.

 

Traversez la place de la Comédie pour vous rendre à droite au 1 rue des Piliers-de-Tutelle.

 

 

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© Bertrand Favreau 2011

 

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