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Description : Description : Description : E:\www.bertrandfavreau.net\promenadeurop_fichiers/proms.jpgPromenade européenne dans Bordeaux 17

 

Le restaurant des Rois.

5, rue Montesquieu.

 

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Le Chapon fin dans les années 70.

 

C’est à la fin du XIXe siècle que Joseph Sicart et Louis Mendiondo en firent non seulement le restaurant le plus réputé de Bordeaux, mais aussi pour beaucoup le meilleur d’Europe.

Le Chapon fin et sa grotte célèbre, c’est d’abord un décor 1900, unique et insolite, fait de rocaille naturelle et de verdure qui en ont fait, selon certains, « une salle qui tient de l’aquarium et du jardin de rocaille ». Le père Sicart y accueillait ses convives, avec sa grande barbe blanche, au milieu d’une haie des plus prestigieux millésimes, classés par ordre croissant, des bouteilles aux impériales en passant par les magnums et les jéroboams. Plus que la grotte ou le jardin d’hiver, ce sont les délices de sa cuisine dont le fumet a vite franchi les frontières et l’insurpassable richesse de sa cave, qui ont toujours conféré à l’établissement une juste célébrité. Curnonsky, qui raffolait de ses cèpes à la bordelaise, consacra grâce à lui Bordeaux comme « la capitale de la bonne chère ».

Couronné par le « prince des gastronomes », ce fut le restaurant des rois. On y vit s’y succéder et s’y croiser les têtes couronnées, du roi Manoël du Portugal au futur Edouard VII, encore prince de Galles, sans oublier le roi d’Espagne Alphonse XIII, véritable habitué qui y possédait, dit-on, sa cave personnelle. Tout ce que l’Europe comptait de célébrités vint s’enivrer de ses saveurs, de Toulouse-Lautrec au poète italien Gabriele D’Annunzio, en passant par le peintre tchèque Mucha. On y venait et on y revenait, attiré par le sortilège enchanteur de ses filets de sole florentine, de son poulet « albufera » et, bien évidemment de son éponyme et royal chapon. Alphonse XIII n’était jamais infidèle au pudding glacé, Sarah Bernhardt aux ortolans en caisse, Aristide Briand à la lamproie au vin rouge. Quant à Sacha Guitry, il s’y gavait de tournedos diplomate. Anatole France s’y délectait de château margaux 1869 et répondait en écho aux toasts de ses voisins de table anglais qui célébraient leur monarque : God save the Wine. Sa renommée fut telle que le directeur Louis Mendiondo dut même y faire installer, au début du siècle, une pompe à essence et un parking… Un mythe était né. On put y voir Clémenceau, Poincaré, Herriot ou Auriol. Le platane survivant de l’ancien couvent des Récollets, qui trônait au début du siècle au milieu de la salle, a disparu. Mais il reste la grotte et les colonnes blanches qui firent la renommée d’une salle. Le Chapon fin appartient à l’histoire.

De cette histoire, il connut aussi les événements les plus tragiques, ceux qu’aucune plaque ne commémore jamais. À deux reprises, aux premiers mois de la guerre de 14-18, d’abord, où il fut le siège du Tout-Paris replié à Bordeaux ; puis, au moment de la débâcle de 1940, il fut le refuge des célébrités de l’Europe entière.

En juin 1940, le gouvernement était à Bordeaux, et tout ce que Bordeaux comptait de chefs du gouvernement en exil, de généraux, de ministres ou d’ambassadeurs, s’y retrouvait. Du moins ceux qui peuvouient y trouver une place. Le 17 juin 1940, jour où le maréchal Pétain demanda l’armistice, à l’heure exacte où il invita la France à cesser le combat, il y avait là le compte Sforza, exilé par Mussolini, l’ambassadeur d’Angleterre, Sir Ronald Campbell, Edward Spears, l’envoyé de Winston Churchill, pour qui le restaurant était le meilleur d’Europe, ou encore l’écrivain, Louise Weiss qui dira : La troisième République mourait, serviette au menton. Georges Mandel, député de la Gironde et ministre de l’Intérieur du gouvernement de la veille – un habitué depuis quelque vingt ans – y déjeunait avec l’actrice Béatrice Bretty et leur fille Claude, âgée de 10 ans, à une table près du bar, au Chapon fin, dont il fut.

Ces privilégiés qui trouvèrent une place purent voir, à l’instant du dessert, un colonel de gendarmerie s’approcher de la table de Georges Mandel et lui enjoindre de le suivre : il était en état d’arrestation. Selon le comte Sforza, il finit son cognac, se leva, baisa la main de Béatrice Bretty et suivit l’officier. Au maître d’hôtel qui s’inquiétait – Qui paiera ? – Louise Weiss répondit d’une boutade à double sens : Le maréchal ! Un régime nouveau était né. La longue lâcheté commença ce jour-là pour la France de Vichy, dit en sa qualité de convive et de témoin le comte Sforza.

 

 

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Le Chapon fin à la Belle Epoque.

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Le Chapon fin à l'époque du "platane".

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Le Chapon fin en 1980.

 

Aller vers le Marché des Grands hommes et le traverser ou le contourner puis pénétrer dans la Cour Mably pour vous rendre 1, Rue Mably.

 

 

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© Bertrand Favreau 2011

 

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